Ce que mon sourire m’a appris

Alors que la nuit s’estompe sous le voile blanc du matin, je sirote mon thé à la menthe, tandis que mes doigts dansent sur le clavier. Dehors, tout est calme. Les arbres retrouvent la jeunesse et la fougue du bourgeon. Le ciel d’un gris bleu pâle confère un air vaguement mélancolique à la résidence urbaine dans laquelle je vis. Pourtant, déjà le jasmin de Chine reprend sa foisonnante expansion sur le paravent birman dressé sur le balcon. Là, à cet instant, je sens la vie me mouvementer dans son élan créateur. J’écris à nouveau.

Retrouver cet espace d’expression et de communication me réveille. Des mois que je n’avais pas écris. Quelques publications sur Instagram. Mais plus de mots. Juste l’instant. Un instant qui aura duré tout un automne et tout un hiver. Le silence comme message.

Retrouver la force de recommencer encore

Il y a cinq mois, j’ai passé un cap majeur de mon développement dans le silence total. Et pour tout dire, j’ai cru que j’allais baissé les bras. Blasée, usée et détachée. Car, il y a cinq mois, alors que je m’apprêtais à écrire un nouvel article, je fais une découverte qui m’a laissée sans mot : je découvre que site web, il n’y a plus.

Après des déboires avec mon hébergeur, je décide au bout d’un mois de transiter vers un nouveau prestataire. Il me faudra 4 mois encore pour traverser et dépasser la colère, la frustration et le ras-le-bol et transformer cette réalité en une nouvelle source de création.

Cela peut sembler bête, car ce n’est qu’un site web. Sauf que des déboires comme celui-là, j’en ai connu des tas depuis que je me suis lancée comme entrepreneure.

Dans l’âme

Mon premier projet d’entreprise, je l’ai mené à l’âge de 22 ans et cela faisait déjà 1 an que j’étais maman. Contre l’avis de tous autour de moi. Forcément, sinon ce n’est pas drôle. Ce n’était pas juste écouter cette petite voix en moi, c’était un désir de vivre, un instinct, et ma vérité. C’était moi, tout simplement. Pas de grandes théories développées en trois parties. Juste l’envie de me laisser traverser par la Vie, de lui faire confiance et de danser avec les évènements.

C’est ce qui a jalonné mon existence par la suite : faire des choix qui peuvent sembler inconsidérés mais que je sentais et savais d’une justesse folle.

C’est comme ça que j’ai décidé de tout quitter un jour de février il y a 4 ans, avec deux cent euros par mois pour toute fortune et que j’ai quand même investi une somme conséquente dans mon développement personnel et entrepreneurial.

C’est comme ça que j’ai décidé de transformer régulièrement mon entreprise dès que je sentais que je n’étais plus dans ma justesse. Quitte à mettre en pause pendant des mois et à réinventer l’activité. Question d’intégrité et d’honnêteté envers moi-m’aime et envers mes clients.

Je ne vous dis pas de faire comme moi. Faut bien l’avouer, j’ai un petit côté tête brûlée ^^

Et surtout une âme d’artiste.

Avec pour medium, la vie. Et l’entrepreneuriat comme geste. Pour inscrire dans le temps et l’espace, une oeuvre vivante.

Une danse d’humanité.

Tout l’enjeu pour moi était de puiser dans ce qui était déjà là : des forces insoupçonnées et d’une redoutable efficacité.

Car pour réaliser ce que j’entreprends, il m’a fallu comprendre quelque chose de fondamental : être entrepreneur est tout sauf une question d’ego.

En réalité, à un niveau plus profond, il y a une vérité plus rugueuse et implacable : la nécessité de développer des compétences en potentiel.

En potentiel.

Autrement dit, elles ne pas encore pleinement et magistralement incarnées. Autrement dit, il est de ma responsabilité de les faire grandir et de les amplifier pour devenir pleinement humaine. Et être un artiste à l’instinct entrepreneurial ou un entrepreneur à l’âme (suivant ce qui fait plus de résonance en vous) implique ce parcours d’apprentissage et de croissance.

Alors si nous construisons fièrement notre identité sur notre statut d’entrepreneur et ressentons que définitivement, c’est notre chemin, nous pouvons nous réjouir. Non pas parce que nous devenons des représentations de la réussite. Essentiellement, parce que se déploie devant nous, un processus de transformation et de croissance exigeant et furieusement passionnant dans lequel s’aventurer.

Persévérer

La première des compétences de vie qu’il m’a fallu apprendre à développer et à renforcer est sans conteste la persévérance. Initier, concevoir et donner de l’élan à un nouveau projet passionnant est excitant. Vivre la première déconvenue, traverser le premier obstacle est aisé. Quand survient un nouveau blocage et que ce blocage, au fond, c’est nous-même, là on commence à rentrer dans le vif du sujet.

Et la cour des grands, c’est comme passer du CM2 au collège. Je ne sais pas ce qu’il en a été pour vous qui me lisez, mais pour moi, ce passage a été pénible et plutôt terrifiant. Certainement aussi, parce qu’il y avait eu de sordides histoires de deal de drogue, la nuit, devant ce même collège auquel j’étais rattachée de facto. Je me souviens que l’adorable et dévoué gardien du bloc scolaire dans lequel j’ai passé mon enfance et ma prime adolescence retrouvait chaque matin des seringues devant l’établissement. À cela, s’ajoutaient les personnes à l’esprit tourmenté du service psychiatrique situé tout près de là qui s’offraient quelques échappées belles de temps à autre et déambulaient devant le collège. Et pour couronner le tout, de nouvelles formes commençaient à modeler mon corps. Par conséquent, je ne me sentais ni très sécurisée, ni très à bien dans ma peau.

Au-delà de cette anecdote, passer de l’enfance à l’adolescence reste un passage délicat pour beaucoup. Et il y a un moment quand on se lance dans un projet d’entreprise (ou autre d’ailleurs) où l’on ressent un sentiment analogue à ce passage : le chemin se déploie, évident, riche, bouleversant. Les questions se bousculent en même temps que de nouvelles forces de vie s’activent. Et quoique nous pensons ou voulons, notre corps nous y emmène avec toute la nature de sa vérité intrinsèque. Ne pas l’écouter et le contraindre, c’est s’assurer de vivre des crises profondes difficiles à traverser et à transcender. Nous perdons la vision, le sens et le processus de croissance.

Aussi, pour poursuivre sur la durée, il va être nécessaire de canaliser une force de persévérance monumentale. Persévérer est ce qui permet de continuer d’avancer, même quand c’est le brouillard. C’est faire un mouvement imprécis, rater et recommencer. Non pas parce qu’on a la foi. Mais parce que c’est inscrit en nous.

Dans notre ADN.

Comme le petit d’homme qui, pataud et vulnérable, laisse son corps l’entraîner dans une danse chaotique vers la marche. Il met des mois à réussir à se retourner, puis encore des mois à ressentir son corps s’élever vers le ciel, bien ancrés sur ses deux pieds. Il lui faudra encore des semaines pour faire un premier pas, fébrilement. Il chutera un nombre incalculable de fois, se cognera, se fera mal, pleurera parfois, criera aussi. Et se relèvera encore. Et il recommencera.

C’est plus fort que lui.

Mémoire de son espèce.
De notre espèce.

Entreprendre et s’entreprendre demande d’activer cette compétence de persévérance, de la canaliser et de la diriger afin d’irriguer nos projets sur la durée. Notre capacité à persévérer créera un sillon qui fera le lit de nos plus belles réalisations.

Sourire

Mais quand la vie nous en fait voir des vertes et des pas mûres, que l’absurde côtoie l’atermoiement, que rien ne semble allait, et que tout nous semble plus pénible, plus douloureux, plus inaccessible, comment persévérer ? Alors qu’autour de soi l’écho ambiant assène son « invitation au lâcher-prise », comment avancer à contre-courant et aller jusqu’au bout de ce que notre voix la plus intime nous exhorte à réaliser, à vivre et à être ?

On dit souvent de moi que je suis d’une nature enjouée. Le sourire vrai des bons vivants. Bonne vivante, je suis. Certes. Mais comme tout un chacun, j’ai vécu des situations où ma joie de vivre n’a pu que s’incliner face à l’absurde, à l’ignorance, au mépris, à l’infamie et à la peur.

Terreau fertile des violences faites aux âmes.

Quand sont survenus les chocs de toutes sortes, ma joie à nouveau n’a pu que s’effacer devant la tristesse, la colère, l’angoisse, le découragement.

Mais même dans ces moments douloureux, sourire (et rire aussi !) restait et reste ma seule réponse. Rapidement et spontanément, mon sourire réapparaît. Et il m’apprend.

Mon sourire m’apprend à vivre dans un monde imparfait et à continuer à créer et à transmettre du beau, du vrai, du sens, de l’amour. Il m’apprend la verticalité : me relever, sur mes deux pieds, et refaire un nouveau pas. Recommencer. Rebondir. Recréer. Transformer. Transcender. Persévérer.

Mon sourire m’a appris la persévérance sereine, dirigée, solide, invincible.

Mon sourire m’a révélé ce que recèle de puissance et de beauté pour soi et pour les autres, un simple geste.

La beauté du geste.

Avec un sourire accroché à l’âme 😉

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