Rêver et désirer dans une société asphyxiée par l’utilitarisme est un acte audacieux. Rêver et désirer, c’est afficher sa légèreté. Une légèreté sensuelle qui se fout du bruit et de l’étroitesse d’esprit. C’est très puissant pour dépasser ses limites. Développer ce potentiel demande de clarifier ses perceptions et ses idées préconçues : une différence majeure existe entre ses deux notions fondamentales.

sommaire

temps de lecture estimé : 7 min

objectifs

  • distinguer rêve et désir dans la réalisation de projet
  • travailler ta vision et tes compétences intuitives
  • développer tes capacités de décision et de persévérance
  • intégrer le principe de réalité à ta démarche

mood

Tu existes. Mais es-tu vivant ? L’émerveillement n’est ni un fantasme ni un manque de sens des réalités. Bien au contraire. S’émerveiller, c’est reconnaître que nous vivons un prodige renouvelé à chaque instant. Dans l’espace de l’univers connu, seule la Terre permet le Vivant. Et au milieu de cette diversité, une créature se questionne ; étonnement de la conscience : c’est toi.


Le rêve est la vraie victoire sur le temps.

Jean-Claude Carrière

Nos désirs, ces faux-amis ?


de la pulsion à l’orientation

Suivre ses désirs peut vite amener à faire des choix malavisés. Se cacher derrière cette tendance du moment sous couvert de « on-a-qu’une-vie » pour laisser libre cours à ses pulsions sans les passer sous le regard de la vérité, c’est aller droit au casse-pipe. Que ce soit toi ou d’autres, à un moment donné, il y aura de la casse.

Le désir est un axe émotionnel, une énergie. Tout comme, la peur, la colère et la tristesse. Ce qu’il a de différent des autres axes émotionnels est qu’il nous reconnecte à la vie. Vivre est né du désir. Si tu es là, c’est qu’il y a eu du désir en amont. Donc, le désir est une bonne chose. Le taire, c’est mourir à petit feu.

Mais parfois, nous nourrissons du désir pour des choses qui ne nous correspondent pas. Ces désirs sont des faux-amis. Ils t’entraînent à l’opposé de qui tu es. Autour de toi, tout semble correspondre. Tu coches toutes les cases. Mais tu ressens un vide. Une frustration. De la déroute. Un gros ras-le-bol. Tu as orienté l’énergie du désir au mauvais endroit, c’est-à-dire pour un objectif contraire à ta raison d’être.

Se questionner sur ses désirs amène à identifier son désir en tant qu’énergie vitale et à la clarifier. Questionner et confronter ses perceptions permet d’observer ce qui se joue en soi et de faire le tri entre ce qui a sa place et ce qui ne l’a pas pour agir en conséquence.

Apprendre à écouter son désir


observer sans juger

Le désir est une énergie. Ce n’est pas un objectif. Quand tu dis : « je désire devenir créateur de nains de jardins », tu n’évoques pas un désir. Tu parles d’un objectif voire un rêve.

Le désir est ce que tu ressens à l’idée de cet objectif. Si ça te met le feu aux fesses, c’est bon signe 🙂

Sauf que les gens qui sont capables d’écouter leur désir sans se juger, je n’en ai pas rencontré beaucoup dans ma vie. Jamais, même.

Le désir, ça sent le souffre. Dans notre inconscient collectif, désirer c’est pêcher. Certes, on bouscule les choses depuis quelques décennies. Ce qui reste un mouvement émergent au regard des millénaires d’oppression. Alors même en 2019, affirmer son désir, ça se ne fait pas. Enfin, pas trop. Et encore moins en public. Et puis, faut que ça corresponde à un minimum de standards « social friendly » sinon tu ne seras pas « liké ». Autrement dit, « aimé ». Tu te rends compte de la violence du truc ! Tout être humain ressent le besoin d’être aimé. Le besoin ! Pas l’idée. Pas l’éventualité. Le besoin ! Et on te dit que si tu ne corresponds pas à un certain standard, tu ne seras pas aimé, écouté et accepté dans ta différence. C’est pour ça que reconnecter son désir fait peur quand on ne correspond pas à un « standard ». La réalité est que personne n’est standard. Le standard, c’est de la grosse foutaise !

Reviens dans ton corps, ressens et observe ce qui se passe en toi sans juger.

Le rêve au-delà du désir


faire silence et devenir neutre

Le rêve est une vision, dans le sens d’une réalisation plus grande que soi. Le rêve est une contribution. Dans un monde d’interdépendance, ton rêve est une idée qui apporte une réponse ou une solution à son écosystème. Il est le fruit de l’intelligence de l’univers. Il ne vient pas de l’extérieur.

Le problème est que la vision est souvent confondue avec le désir. Elle est enrobée de plein d’injonctions et de conditionnements qui fausse sa perception claire et directe. Mais quand on est seul face à soi-même, il ne reste que la vérité. La vision ne ment pas. La vision n’est pas l’émotion. C’est au-delà des représentations et ça défie tes capacités du moment.

Ton rêve éveille ton désir pour te mettre en mouvement. Mais tu vas vite te rendre compte que d’autres énergies émotionnelles vont aussi se réveiller comme …. la peur ! Tu vois bien que le désir n’est pas le rêve. Ta vision se situe au-delà.

Je reviens de deux jours au Mont-St Michel. Un haut lieu qui m’inspire tellement ! Ce lieu est né d’une vision. Celle d’un homme qui s’appelait Aubert et qui a vécu au 8ième siècle de notre ère.
La légende raconte que l’archange Michel en personne lui est apparu en rêve pour lui soumettre cette idée folle d’édifier un sanctuaire sur ce rocher posé au milieu des flots, alors appelé le Mont Tombe. L’histoire dit qu’il a même du s’y reprendre à plusieurs fois, car le gars se sentait pas trop chaud de se lancer dans cette aventure. Cette vision était tellement grandiose et sa réalisation périlleuse qu’Aubert avait les foies. Mais l’archange enfonce son doigt dans son crâne et Aubert, poussé par sa foi, érige l’abbaye sur ce qui devient le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-mer.

Que nous apprend cette histoire ?

  1. Quand tu perçois ta vision, elle ne te quitte plus. Tu peux décider de ne pas la réaliser, mais elle sera toujours là et ton corps t’enverra des messages de plus en plus forts.
  2. Il faut avoir la foi pour se lancer dans la réalisation de sa vision. On parle souvent de confiance en soi. Mais si on attend d’avoir totalement confiance en soi pour se lancer, on va attendre longtemps. Il y a toujours un truc pour lequel on se sent pas confortable, on peut sentir/croire qu’on est pas au top. Mais la vision pousse à donner le meilleur de soi, à déployer des talents insoupçonnés, à monter en compétences et aussi à s’entourer d’autres talents pour l’accomplir. Le truc est de transmettre sa vision. C’est une erreur de penser qu’il ne faut surtout pas parler de son rêve, de son idée. Un visionnaire est un communicant !
  3. La réalité, c’est la réalité. Quand tu arrives au Mont-Saint-Michel, tu te demandes comment ils ont fait pour ériger cette abbaye. La réalité est que c’est un rocher escarpé au milieu d’une baie. Réaliser ta vision ne te dispense pas du principe de réalité. Et plus vite tu intègres cette composante essentielle et plus vite tu vas avancer dans la réalisation de ton rêve. Acceptes ce que tu vis maintenant et conçois un plan par étapes pour réaliser ta vision.

Je te donne un exemple personnel : après mon divorce, je n’avais plus rien matériellement. Pour pouvoir avoir un toit, il me fallait des revenus réguliers que je n’avais pas. Je pouvais avoir la vision et le désir de vivre dans une maison en pleine forêt, sans argent, ça ne marche pas (principe de réalité). Alors, j’ai constitué des dossiers, je suis allée dans différents services et j’ai postulé à un premier travail comme accompagnante d’élèves en situation de handicap. J’ai réalisé cette mission pendant un an, tout en cherchant à développer mon activité indépendante. C’était pas bien payé, mais j’ai quand même pu me prendre un appartement, puis un autre encore mieux 3 mois après. Plus tard, quand j’ai cherché à réinventer mon activité, je me suis mis en off pour travailler comme formatrice salariée pendant un an. Cette expérience m’a permis de monter en compétences pédagogiques et de constituer un apport pour mon projet entrepreneurial en me laissant du temps et de la liberté d’esprit pour le faire sans stress (chose qui n’avait pas été possible quand j’étais en mode survie : principe de réalité).

Il y a un moment où faut se mettre face à la réalité et décider. Tu ne peux créer qu’à partir de qui tu es et de là où tu es.

Pour ça, il est nécessaire de faire de la place au silence et de créer un espace neutre émotionnellement et mentalement :

  • revenir au centre ;
  • encore une fois, observer sans juger ;
  • donner du temps ;
  • écouter les ressentis ;
  • observer la réalité ;
  • décider.

Oser rêver


l’émerveillement, c’est de l’audace

La place du rêve dans ta vie et tes projets est cruciale ! Pour ma part, ça fait des années que je travaille sur ma vision et je continue régulièrement de travailler sur cet axe parce qu’il y a toujours des croyances et des faux désirs qui se sont greffés dessus.

L’enjeu est d’épurer, de clarifier et d’intégrer la vision. Ce n’est pas un travail mental. C’est du perceptif ET de l’action. Le mental vient ensuite.

Personnellement, je rêve en agissant. Je ne suis pas du genre à rester sur de l’abstrait. J’aime pouvoir expérimenter rapidement mes idées. Et à partir de là, j’ajuste, je modifie, je transforme. Me confronter à la réalité et vivre les expériences m’a fait gagner du temps et je me suis enrichie en compétences. C’est jamais perdu car c’est comme ça que l’innovation se crée.

Je rêve en permanence. Avant je me reprochais d’être rêveuse. Je me rends compte que c’est ma plus grande force : je suis dans l’émerveillement de la réalité. Je suis bien, moi là, sur Terre. Je trouve qu’on a une chance incroyable de pouvoir explorer ce monde. Extérieur et intérieur. L’imagination est plus qu’une vision de l’esprit, c’est une matière première pour créer la réalité. Plus nous faisons appel à notre capacité à imaginer, plus nous créons de la matière pour nos projets. Plus nous explorons nos vrais rêves, plus nous créons des solutions pertinentes en écoute des besoins du monde.

Laisser un commentaire