Cet article fait partie d’une série de rencontres connectées diffusées ici sur ce blog. Je vous présente celles et ceux qui portent les messages du monde naissant. Des messages qui me touchent donc ; ainsi que des valeurs et souvent un brin de folie. Ces rencontres ouvrent l’imaginaire, l’appétit et le cœur en grand et en profondeur. Ce sont des miroirs réfléchis, sensés, illuminés, naturels, sensoriels, grandioses.


Morgane Sifantus

Avec son style bien à elle et son nom hors du commun, Morgane Sifantus s’est fait une place à part sur le web. J’ai découvert son blog, et j’ai été particulièrement touchée par son style direct. Curieuse de l’humain (et peut-être un peu indiscrète, du coup), j’ai voulu en savoir plus. Elle a accepté de répondre à mes questions. Je vous remets ici la saveur de nos échanges. Un délice … ensorcelant.

Bonjour Morgane, tu es la fondatrice du blog “Canard à l’orange”, un nom de marque pour le moins atypique ! Je suppose que le processus pour le trouver l’est aussi certainement… Veux-tu bien nous en parler ?

Salut Amélie et ses lecteurs·rices. Ah, Canard à l’orange, c’est une grande histoire, que je vais essayer de bien résumer :). Au tout début, mon entreprise s’appelait Mo’ pour mots. Comme son nom l’indique, j’écrivais pour les autres. Les années passant, j’ai beaucoup évolué, mon business aussi, je ne m’y retrouvais plus. Certes, l’écriture est toujours au cœur de ma vie et de mon activité, mais je n’écris plus pour les autres, je les fais écrire !
L’année dernière, j’ai décidé de changer et d’utiliser une marque qui me ressemble encore plus, atypique oui, porteuse de mon identité profonde.
Le canard, c’est mon animal totem, j’en vois un ou je lis le mot au minimum une fois par jour depuis des années ! En me renseignant, j’ai appris qu’il était également le symbole de la fidélité, de l’écrivain·e (!) et, surtout, un lien entre les vivants et les morts. La sorcière en moi a évidemment adoré, tu penses. Et puis, un canard, c’est aussi un journal !
Le orange, ne me demande pas, il a toujours été là et il s’est confirmé à travers la chevelure de mon fils et à la naissance de ma fille. Eh oui, celle-ci a vu le jour pile 9 mois après la création de mon entreprise (bah quoi, ça se fête, non ?!?), un 31 octobre, à 23h… L’heure d’Haloween, des citrouilles et surtout des sorcières, puisque c’est l’heure où l’on fête Samhain, le nouvel An celte, lorsque s’ouvre un passage en vivants et morts.
Bon. Canard. Orange. Gourmandise. Décalage. Canard à l’orange fut une évidence.

Lors de notre échange, tu as dit quelque chose de très beau sur ton entreprise : “écrire et faire écrire, c’est une évidence. Une obligation, même.”
D’une certaine manière, te sens-tu appelée ?
Hum, appelée, non. Pourquoi ? Parce que l’appel, pour moi, vient de l’extérieur : une force, une voix, une entité, un guide. Je suis une intérieure, les évidences « obligatoires », je les ressens de moi vers le reste du monde.
Et puis, l’appel, ça a un côté un peu définitif, tu vois, comme une sorte de vocation, voire d’illumination un peu mystique. Pas mon style, je me réserve le droit de changer souvent d’avis ah ah ! Je n’ai pas envie de me mettre la pression sur une soi-disant mission d’âme que j’aurais à effectuer. En fait, je suis plutôt flemmarde et heureuse de l’être. Je crois d’ailleurs que c’est ma manière d’être qui rend les moments de créativité et d’action aussi intenses, comme par contraste.

Avec un nom atypique (et quand je dis nom, je ne parle pas que de ta marque “Canard à l’orange”, mais aussi de ton patronyme, “Morgane Sifantus” qui est juste magique), tu dois aussi exprimer un fonctionnement hors du commun. En quoi cela se traduit ? Quelle est ton harmonie ?
J’aurais plein de choses à raconter sur mon prénom et mon nom, effectivement, une sorte de concentré de rareté et de « signifiance ». A tel point que depuis que je suis blogueuse et auteure, on m’a souvent si c’était un pseudo. Mais non, c’est du 100% bio ^^.
Quoi qu’il en soit, je ne sais pas si j’ai un fonctionnement hors du commun, mais j’ai toujours été « juste à côté ». Pour tout te dire, je ne comprends pas trop le monde, je suis très sensible aux autres, alors, pour me protéger, j’ai construit ma vie (et donc mon business) pour répondre au mieux mon besoin de sérénité. Bon, c’est pas toujours facile ni très clair, car l’être humain (et humaine, comme dirait ma fille ^^), c’est quand même un gros bordel.
Disons que j’apprivoise mon bordel personnel et j’essaye de ne pas être trop atteinte par celui des autres !

Quand on te découvre, il y a une chose qui saute aux yeux en arrivant sur ton blog : c’est cette présentation forte qui s’imprime directement dans le cerveau “Morgane, Sorcière épistolière”. Quelle place ensorcelante prends-tu auprès de tes clients ?
Hum, c’est drôle, car je crois que depuis que tu m’as posé la question, j’ai enlevé le mot « épistolière ». Mais j’ai gardé Sorcière, évidemment, celui-là ne souffre pas la remise en cause, il est moi. J’ai mis, il me semble, sorcière atypique, jusqu’au prochain changement.
Ma place auprès de mes client·es ? Franchement, je n’en sais rien. Je n’ose pas leur demander ! Je me vois souvent comme une sorte d’interrupteur, comme si je permettais d’allumer à l’intérieur de l’âme. Mon syndrome de l’imposteur dira que je ne fais pas grand-chose, que eux·elles font tout. Et c’est vrai aussi.

L’écriture est un formidable vecteur de sens, dans tous les sens du terme. J’aime l’approcher comme une argile acoustique. Toi, tu la travailles comme une potion magique. Tu veux bien nous en dire plus et comment cette approche aide tes clients ?
Oui, pour moi l’écriture est une potion magique, d’ailleurs, je suis tombée dedans quand j’étais petite ah ah ! La parole, je ne maîtrise pas, elle me fait peur, m’interroge, me trouble, me perds.
L’écriture est mon domaine, comme une prolongation de moi-même. Naturelle, évidente. Elle permet d’aller au plus profond, et de la lumière, et de la nuit.
Elle se travaille en solitaire, en temps suspendu. Elle demande beaucoup de courage et d’engagement. Bref, je l’aime. Alors, je suppose que mes client·es recherchent tout ça !

Après 15 ans de salariat, tu as créé ton entreprise et, pour reprendre tes termes, l’entrepreneuriat t’a sauvée.
Que te permet de vivre l’entrepreneuriat et qui te soit à ce point vital ?
Quand j’étais salariée, je m’ennuyais à mourir. Aucune créativité, aucune initiative, suivre les instructions, sans poser de questions, sans avoir le choix de quand, comment, pourquoi, très peu pour moi. Les jeux de pouvoir, les apparences, les conventions, l’absence d’éthique, tout ça a eu raison de moi. J’ai aimé avoir des collègues, mais pas la hiérarchie et le mépris des « chefs », pas attendre le week-end ou les vacances pour kiffer la vie. Bref, je cherchais la liberté d’agir (ou de ne pas agir), la maîtrise intégrale de mes journées, de mes années, la possibilité de choisir sans avoir à en référer ou à demander la moindre validation. Et hop, l’entrepreneuriat m’a permis (me permet) tout ça. Vivre sa vie, non pas la gagner.

Pourtant, l’entrepreneuriat peut aussi être source de bien des angoisses et d’un certain mal-être. Je rencontre beaucoup d’entrepreneurs et bon nombre d’entre eux sont à bout de souffle, souvent en proie à la peur et à un sentiment tenace d’insécurité. Quel bon mot aurais-tu envie de partager avec eux ?
Je n’ai pas de solution miracle, je crois que chacun·e cherche (et trouve) la sienne. Je comprends que l’insécurité puisse faire peur, vraiment. Je ne l’ai jamais ressentie. Oh, j’ai eu d’autres peurs, mais la liberté m’a toujours apporté plus que la trouille de ne pas avoir de client ou de rentrée d’argent.
Peut-être que quand on est à bout de souffle, c’est qu’on n’est pas prêt·e à payer le prix ? L’entrepreneuriat n’est pas une potion magique, justement. Parfois, mieux vaut être un·e salarié·e heureux·se qu’entrepreneur·e malheureux·se !

Quand j’ai appris à mieux te connaître, j’ai été frappée par ton grain. Tu as quelque chose de fort et de doux à la fois. Et un certain regard qui dit : “Eh ! On n’ m’ la fait pas, à moi !”. Et tu semble blasée par les promesses qui poussent à l’envi sur la toile et ailleurs. Tu dis : “Je doute tout le temps et je ne crois personne, les promesses font tellement envie”. Et tu sais j’apprécie cet esprit critique car il y a une volonté sincère de vérité qui s’exprime là. Tu veux bien nous apporter ton regard, je pense que les gens ont besoin de l’entendre pour mieux exercer leur discernement.
La vie, quand même, c’est vachement compliqué. Alors toutes les personnes qui semblent avoir trouvé la baguette de fée, tu sais, celle qui transforme tout en rêve, eh bien oui, je doute.
C’est vrai que je suis fatiguée du marketing à outrance, de la mauvaise communication, des mots utilisés à tort et à travers. En fait, de tout ce qui éblouit, car la vraie lumière ne fait pas fermer les yeux. Et elle vient de chacun·e d’entre nous, pas de l’autre. En fait, c’est comme si on comptait tout le temps sur l’autre, et jamais sur soi. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se faire aider, mais par quelqu’un qui nous pousse à bosser, en partenariat, pas qui fait à notre place ou qui, au contraire, repousse toute responsabilité.

Communiquer sa vérité, je vois que tu sais faire ^^ Quelle vérité as-tu envie de partager en cet instant ?
Éteins le bruit pour entendre ton murmure intérieur 🙂


Je remercie Morgane pour cet échange inspirant et sincère. Je vous invite à découvrir sa prochaine conférence où il sera question du temps → Au temps pour moi, le mardi 2 octobre à 13h30 ou en replay (tarif : en promo à 34€ puis 40€).

Et aussi : ses livres, une conférence sur l’argent « Compte de fée », et un atelier d’écriture en ligne : www.canardalorange.com

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